Abidjan : la fintech Sahelpay ouvre son portefeuille aux commerçants du marché
La start-up fictive Sahelpay lève 4,2 millions de dollars pour proposer aux vendeurs des marchés d’Abidjan un paiement mobile, un crédit de stock et une caisse sans matériel coûteux.
Entre les étals de tissus et les bassines de manioc, les commerçants du marché d’Adjamé commencent à régler leurs achats autrement. La start-up fictive Sahelpay, fondée il y a trois ans à Abidjan, a annoncé mardi une levée de fonds de 4,2 millions de dollars destinée à étendre son offre aux vendeurs de la capitale économique ivoirienne.
Le principe est simple : un téléphone suffit pour encaisser un paiement, consulter son solde et recevoir une avance sur ses ventes du mois. La plateforme ne demande ni terminal de paiement ni abonnement mensuel. Elle prélève une commission de 1 % sur chaque transaction, un taux que la société présente comme une ouverture vers les vendeurs qui n’avaient jusqu’ici aucun accès aux services financiers formels.
Un crédit calé sur les ventes
La nouveauté de l’offre réside dans son volet crédit. Sahelpay propose aux commerçants inscrits une avance de trésorerie, remboursée automatiquement à partir des encaissements futurs. Le montant maximal dépend de l’historique de ventes enregistré dans l’application, ce qui permet d’éviter les garanties immobilières que la plupart des vendeurs ne peuvent pas fournir.
« Une marchande qui vend chaque jour depuis dix ans a un historique plus solide qu’une fiche de paie. Nous avons simplement décidé de le lire », affirme Clarisse Aka-Bogui, directrice générale fictive de Sahelpay.
Le service a été testé pendant huit mois auprès de quelque 1 200 vendeurs, selon les données communiquées par l’entreprise. Les pertes sur les avances sont restées, d’après elle, inférieures à 3 %, un chiffre que la société n’a pas encore fait vérifier par un auditeur indépendant.
Ce que contient la levée
Le tour de table, mené par un fonds fictif basé à Paris et complété par des investisseurs de la région, doit financer trois priorités :
- L’ouverture de l’offre à Bouaké et à San-Pédro, deux villes où les commerçants réclament des solutions similaires
- Le recrutement d’une équipe de conseillers chargés d’accompagner les vendeurs dans leurs démarches
- Le développement d’une interface en langue locale pour les utilisateurs qui ne lisent pas le français
La start-up compte aujourd’hui une vingtaine de salariés, en majorité des développeurs et des agents de terrain. Elle affirme avoir plus que doublé le nombre de ses utilisateurs actifs au cours de l’année écoulée, sans préciser la base de départ.
Reste un point de vigilance, souligné par plusieurs observateurs du secteur : la régulation des services de crédit numérique, encore en cours d’harmonisation dans la zone franc. Les équipes de Sahelpay assurent travailler avec les autorités compétentes et préparer leur dossier d’agrément, sans indiquer de calendrier précis.
Pour les vendeurs du marché d’Adjamé, la promesse est concrète : moins de liasses à compter, moins de risques de vol, et peut-être un premier prêt sans passer par le guichet d’une banque. Reste à savoir si l’offre tiendra sa promesse dans la durée, une fois passée la phase de lancement.
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