Portrait : de Marseille à Thiès, Hawa Tankoano bâtit une usine de jus de bissap
Ancienne cadre commerciale installée à Marseille, Hawa Tankoano a décidé de transformer les fleurs d’hibiscus en boissons vendues en France et au Sénégal. Portrait d’une entrepreneure.
Dans la zone industrielle de Thiès, au Sénégal, une cuve d’inox ronronne au fond d’un hangar propre et bien éclairé. Une équipe de huit personnes y prépare des bouteilles de jus de bissap, la boisson rouge à base de fleurs d’hibiscus que l’on sert partout au Sénégal. À la tête de cette petite unité de production, Hawa Tankoano, quarante-deux ans, qui a quitté Marseille il y a quatre ans pour lancer sa marque, Fleur de Cap.
Son parcours n’a rien d’un chemin tracé. Pendant onze ans, elle a travaillé dans le commerce de gros pour un groupe de distribution alimentaire installé dans le sud de la France. Elle y a appris à négocier avec des grossistes, à lire un bilan et à surveiller les marges. Mais elle a toujours gardé une idée en tête : faire découvrir aux Français la boisson de son enfance, préparée selon les recettes de sa mère.
Un retour mûrement pensé
Le déclic survient lors d’un séjour à Thiès, en 2021. Hawa Tankoano observe alors les marchés de fruits et de fleurs séchées, et constate que les producteurs vendent leurs hibiscus en vrac, sans valorisation ni contrat stable. « J’ai vu des tonnes de calices partir à vil prix alors qu’en Europe, le même produit se vend en sachets à des prix élevés », raconte-t-elle.
Elle commence par un test modeste : cent bouteilles préparées dans la cuisine de sa cousine, distribuées à des amis et à des épiceries africaines de la région marseillaise. Les retours sont positifs, mais la demande reste erratique. Il lui faut deux ans pour trouver un local, obtenir les agréments sanitaires et signer un premier contrat avec une coopérative de producteurs de la région de Thiès.
« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de vendre un jus exotique. C’est de payer les producteurs le juste prix pour une fleur qu’on jette encore trop souvent », affirme Hawa Tankoano.
Entre Marseille et Thiès
Aujourd’hui, Fleur de Cap produit environ 40 000 bouteilles par mois, dont une moitié est vendue au Sénégal, principalement à Dakar et dans les grandes villes du nord. L’autre moitié part vers la France, où la marque est référencée dans une vingtaine de magasins spécialisés et dans deux enseignes de produits africains. Ces chiffres sont ceux de l’entreprise fictive que nous présentons.
Le modèle repose sur une double activité. À Thiès, l’usine transforme les fleurs et met en bouteille. À Marseille, une petite équipe gère la logistique, les importations et le marketing. Hawa Tankoano fait régulièrement l’aller-retour, un rythme qu’elle décrit comme épuisant mais nécessaire pour garder le contrôle de la qualité.
- Un contrat d’achat sur trois ans avec la coopérative, avec un prix minimum garanti
- Des bouteilles en verre consignées à Dakar, pour limiter les déchets plastiques
- Une formation au calibrage et au séchage proposée aux femmes du village voisin
Son ambition est désormais de lancer une gamme sans sucre ajouté, un défi technique que son équipe travaille depuis six mois. Elle réfléchit aussi à ouvrir une petite cuisine à Thiès pour former de jeunes entrepreneurs à la transformation alimentaire.
Pour les membres de la diaspora qui hésitent à rentrer investir, son message est sans détour : il faut connaître le terrain avant de rêver de le transformer. « Trois ans d’études de marché ne remplacent pas une semaine passée à discuter avec un producteur, sous un manguier, avec un thé à la main », sourit-elle.
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