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Portrait : Fatou Nikiéma redessine le bogolan pour les défilés de Ouagadougou

Styliste fictive, Fatou Nikiéma transpose les motifs du bogolan dans des vestes et des robes contemporaines. Son atelier de Ouagadougou compte désormais une équipe de douze couturiers.

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Portrait : Fatou Nikiéma redessine le bogolan pour les défilés de Ouagadougou

Dans l’atelier de Fatou Nikiéma, à Ouagadougou, les pièces de tissu sont suspendues le long des murs comme des bannières. Sur certaines, les motifs noirs et ocre du bogolan, la toile teinte à la boue fermentée, forment des cercles, des losanges et des lignes sinueuses. Sur d’autres, les mêmes signes ont été redessinés, simplifiés, pour habiller des vestes et des robes de créateurs. La styliste, que ses clientes appellent « Fatou Bogo », travaille à cette transposition depuis près de dix ans.

Son parcours commence dans le quartier de Gounghin, où sa mère tissait et teignait des pagnes pour les familles du voisinage. Enfant, elle passait ses après-midi à regarder les gestes de teinture et à mémoriser les motifs que les femmes du quartier dessinaient à la main. Un héritage qu’elle décrit comme « une langue que je parlais avant de savoir l’écrire ».

Du marché à la passerelle

Après une formation en stylisme à Abidjan, Fatou Nikiéma est rentrée au Burkina Faso avec une idée précise : prouver que les motifs traditionnels pouvaient entrer dans la mode contemporaine sans devenir un simple décor. Elle a donc commencé par des séries limitées, vendues dans des boutiques de la capitale, avant de présenter une première collection lors d’un défilé local.

« Le bogolan n’a pas besoin qu’on le sauve. Il a besoin qu’on le porte, qu’on l’use, qu’on le lave et qu’on recommence », affirme Fatou Nikiéma.

Le travail de la styliste repose sur un dialogue constant avec les teinturières. Chaque pièce commence par un tissage de coton local, puis passe dans des bains de terre et de feuilles, selon un processus qui peut durer plusieurs jours. Les motifs sont ensuite dessinés à la main, puis simplifiés pour être reproduits sur des patrons modernes.

Un atelier qui grandit

Aujourd’hui, l’atelier emploie douze couturiers et teinturières, dont plusieurs ont été formés sur place. La marque, baptisée Maison Nikiéma, vend ses pièces à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso et, depuis l’an dernier, à quelques clientes de la diaspora installées à Paris et à Montréal.

  • Douze personnes employées, dont huit femmes issues des quartiers populaires
  • Une collection annuelle de vingt à trente pièces, dont des vestes et des robes du soir
  • Des ateliers de teinture ouverts aux élèves des écoles de mode de la ville

La styliste refuse toutefois de transformer son art en produit de masse. Elle limite la production de chaque modèle à une dizaine de pièces, et explique que chaque toile teinte à la main présente des variations qui font partie de son identité. Une exigence qui a un coût, mais qu’elle juge indispensable pour garder la confiance des teinturières.

Pour la prochaine saison, Fatou Nikiéma prépare une collaboration avec un tisserand de Koudougou, afin d’intégrer des bandes de tissage plus épaisses dans ses vestes d’hiver. « Je ne cherche pas à inventer une tradition, dit-elle en rangeant ses bols de teinture. Je cherche à la garder vivante dans la rue, sur les marchés et sur les défilés. »

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