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Armand Zongo Kiemde : la danse comme archive, rencontre avec le chorégraphe

Installé à Ouagadougou, le chorégraphe fictif Armand Zongo Kiemde travaille avec des danseurs non professionnels pour raconter les quartiers, les marchés et les gestes du quotidien.

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Armand Zongo Kiemde : la danse comme archive, rencontre avec le chorégraphe

Le studio est modeste : un plancher de bois patiné, un miroir fendu dans un coin, une fenêtre qui donne sur une cour où deux enfants jouent au ballon. C’est là qu’Armand Zongo Kiemde répète depuis cinq ans avec sa compagnie, Les Pas du Faso, une structure fictive basée à Ouagadougou. Le chorégraphe, qui a suivi une formation en danse contemporaine à Lyon avant de rentrer au pays, travaille avec des danseurs de quartier, des couturières et des vendeurs de marché.

Il explique sa démarche en quelques mots : « Le corps garde la mémoire des gestes de la ville. Je ne fais que lui demander de se souvenir à voix haute. » Une formule qui résume une œuvre tournée vers le quotidien, loin des grandes salles et des codes importés.

Des gestes trouvés dans la rue

Pour sa dernière création, « Marché du matin », Armand Zongo Kiemde a passé plusieurs mois à observer les gestes des vendeuses de légumes, des porteurs et des cireurs de chaussures. Il a ensuite demandé à une dizaine de non-danseurs de reproduire ces mouvements, avant de les transformer en phrases chorégraphiques. Le spectacle, qui tourne actuellement dans des centres culturels, mêle ces gestes à des extraits sonores enregistrés sur les marchés.

« Un geste de vendeuse qui pèse une tomate contient déjà une chorégraphie. Mon travail consiste à le regarder assez longtemps pour le voir », déclare-t-il.

Le processus a pris du temps. Les danseurs amateurs ont d’abord été intimidés par la scène. Armand Zongo Kiemde a alors choisi de travailler en petits groupes, dans les cours et les ateliers où ils passent déjà leurs journées. « Quand on danse dans son propre environnement, le corps se détend. Il n’a plus à jouer le rôle de danseur », explique-t-il.

Transmettre sans figer

Le chorégraphe insiste sur un point : la danse contemporaine n’a pas à être opposée aux formes traditionnelles de la région. Dans ses ateliers, il invite les participants à partager des rythmes du répertoire local, puis à les déconstruire. Un exercice qui fonctionne, selon lui, parce qu’il laisse chacun garder sa propre histoire.

  • Un atelier hebdomadaire ouvert aux jeunes des quartiers périphériques de la ville
  • Une résidence annuelle de création pour deux chorégraphes africains
  • Une archive vidéo des gestes recueillis, accessible aux écoles de danse

Il reconnaît que la question du financement reste difficile. Les subventions sont irrégulières, et les tournées internationales exigent des moyens que la compagnie ne possède pas. Il préfère donc privilégier les coproductions régionales et les partenariats avec des écoles.

Armand Zongo Kiemde prépare désormais un nouveau projet, consacré aux femmes qui tressent et teignent les étoffes du marché de Ouagadougou. « La danse peut aussi être un atelier de couture, une salle de classe ou un débat de rue. Il suffit d’accepter que le plateau soit partout », conclut-il.

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