« La rumba ne dort pas » : rencontre avec la chanteuse Nadège Lutumba
Entre guitare sèche, cuivres et textes en lingala, la chanteuse kinoise raconte comment elle fait dialoguer ses grands-parents et sa génération sur un même disque.
Dans un salon climatisé du quartier de la Gombe, à Kinshasa, Nadège Lutumba feuillette un carnet où elle a noté, au fil des années, des fragments de chansons entendues sur les marchés. C’est de là qu’est né « Mama Radio », son deuxième album, sorti en septembre. Un disque qui mêle guitare sèche, cuivres et paroles en lingala, sur des rythmes hérités de la rumba des années 1950 et des chants d’église du quartier.
La chanteuse de trente-quatre ans ne cache pas sa fascination pour les anciens. « Mon grand-père jouait dans un bar dont plus personne ne se souvient du nom. Je voulais que ses histoires circulent autrement qu’à table », confie-t-elle.
Un disque pour deux générations
Pour Nadège Lutumba, la difficulté n’est pas de moderniser la rumba, mais de la rendre audible à ceux qui n’ont jamais dansé dessus. Elle a donc choisi de travailler avec des producteurs qui écoutent autant le rap de Kinshasa que les vieux enregistrements sur vinyle. Le résultat sonne à la fois familier et neuf.
« La rumba n’est pas un musée. C’est une conversation qui ne s’est jamais arrêtée », déclare-t-elle.
Sur scène, elle s’entoure de quatre musiciens et d’une choriste de dix-neuf ans, rencontrée lors d’un atelier de chant dans la commune de Ngaliema. « Elle m’apprend les refrains que les jeunes reprennent dans les bus, et moi je lui transmets les accords du vieux répertoire », sourit-elle.
Entre studio et rue
Le disque a été enregistré en trois semaines dans un studio du centre-ville, sans subvention. Nadège Lutumba explique avoir financé la production grâce à une campagne de précommandes auprès de ses fans, complétée par des concerts dans des bars de Matonge. « Je ne voulais pas attendre qu’une maison de disques me choisisse », dit-elle.
Le titre phare raconte l’histoire d’une femme qui écoute chaque soir un poste de radio posé sur le marché pour retrouver la voix de son mari parti travailler à l’étranger. Une chanson simple en apparence, que la chanteuse décrit comme une manière de parler de la séparation sans la dramatiser.
- Un album de dix titres, dont cinq en lingala et trois en français
- Une tournée prévue dans trois villes d’Afrique centrale à partir de janvier
- Un atelier gratuit de chant ouvert aux adolescents du quartier
Pour la suite, la chanteuse veut fonder une petite école de musique dans sa commune d’origine. « La rumba a besoin de maîtres, pas seulement de spectateurs », conclut-elle.
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